Trading à haute fréquence

Rédigé par des auteurs spécialisés Ooreka  À jour en octobre 2020

Sommaire

Le trading à haute fréquence (THF) est une technique permettant de réaliser des transactions boursières à grande vitesse grâce à des algorithmes mathématiques.

En Europe, selon l’Autorité des marchés financiers (AMF), 30 à 35 % des transactions sont réalisées avec le THF, et aux États-Unis, cette proportion atteindrait 50 à 60 % des transactions.

Selon ses détracteurs, le THF, qui fonctionne sur la base de transactions automatisées, a notamment pour effet d’amplifier les effets d’un krach boursier, comme ce fut le cas en 2007-2008.

Trading à haute fréquence : mode de fonctionnement

Le principe du THF est d’utiliser des algorithmes mathématiques et une informatique extrêmement puissante pour détecter et exploiter les micromouvements de marché, avec une capacité de réaction réduite à quelques millisecondes.

Selon l’AMF, cette technique permet aux investisseurs de mettre en place plusieurs types de stratégies (directionnelles ou non directionnelles).

Parmi les principales, on peut citer :

  • la stratégie de « market-making », qui consiste à intercaler des ordres d’achat passifs et de vente aux meilleures limites en ayant ou non le statut officiel de « market-maker » (« faiseur de marché ») ;
  • la stratégie d’arbitrage, qui joue sur des valeurs liées (actions corrélées, indices et sous-jacents, etc.) ou entre des prix différents pour une même valeur sur divers lieux d’exécution ;
  • les paris sur le « retour à la moyenne » d’une valeur en cas d’écart de comportement ou sur la poursuite temporaire d’un écart de tendance, etc.

Avantages et inconvénients du trading à haute fréquence

Même si elles restent discrètes à ce sujet, la plupart des institutions financières ont recours au THF. Les partisans de cette technique font valoir qu’elle apporte de la liquidité et qu’elle participe à l’efficacité du marché en équilibrant les prix entre places et entre valeurs liées.

Selon ses détracteurs, ces arguments ne tiennent pas : l’effet « liquidité » serait seulement apparent (« liquidité fantôme »), la prépondérance des traders haute fréquence sur les marchés « lit » repousserait les transactions vers les marchés « dark », et l’équilibrage des prix se ferait uniquement au profit des traders.

D’autres critiques concernent le mécanisme propre du THF :

  • les algorithmiques injecteraient une incertitude structurelle dans le trading, contrariant ainsi l’efficience du marché ;
  • les algorithmes pourraient être pris dans une logique mimétique, amplifiant les déséquilibres au lieu de les résorber, notamment lors d’une crise financière.

Trading à haute fréquence et abus de marché

Les automates de trading ultrarapide passant des ordres et les annulant à grande vitesse peuvent être utilisés dans le cadre d’abus de marché. Parmi les techniques les plus fréquemment utilisées ont trouve :

  • le « layering/spoofing » : le but est de déséquilibrer le carnet d’ordre pour réaliser une transaction en sens inverse ;
  • le « momentum ignition » : il s’agit d’accompagner ou de déclencher une bulle de très court terme en espérant attirer des suiveurs, puis déboucler la position ;
  • le « quote-stuffing » : cette technique consiste à envoyer des ordres en grand nombre pour perturber ou freiner la lecture du carnet par les autres participants, sonder de manière répétée leurs intentions, ou masquer ses propres anticipations.

Europe et trading à haute fréquence

La Commission européenne a publié le 25 avril 2016 son projet de règlement délégué complétant la directive 2014/65 sur les marchés d’instrument financiers (MIF 2).

À compter de 2018, les sociétés de trading qui envoient au moins deux « messages » par seconde sur un instrument et une plateforme ou quatre messages sur plusieurs instruments et une plateforme seront considérées comme pratiquant le THF.

Les THF devront conserver leurs algorithmes pendant cinq ans et offrir des informations détaillées sur leurs transactions.

Selon certains observateurs, la réglementation européenne est insuffisante pour réguler cette pratique, notamment parce que la Commission a renoncé à s’interroger sur l’utilité de cette technique.